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Bienvenue dans la Nouvelle Alliance

La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition est née en mai dernier au sommet du G8.

Elle rassemble des initiatives prestigieuses et louables, comme le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (CAADP – Comprehensive Africa Agriculture Development Programme), le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP – Global Agriculture and Food Security Program) et le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CFS – Committee on World Food Security).

Au sommet de L’Aquila il y a trois ans, le G8 a promis 22 milliards de dollars américains sur trois ans en tant qu’aide pour la sécurité alimentaire et l’agriculture dans certains des pays les plus pauvres dans le monde entier.

Enfin, c’était ce qui était prévu. Avant que la crise de la dette souveraine ne vienne tout bousculer. En regardant ce qui est écrit en petits caractères dans la déclaration de la Nouvelle Alliance, on constate que l’une des mesures consiste à « honorer rapidement les remarquables engagements financiers de L’Aquila… ». En clair, il faut payer ce qui a été promis !

Malgré tout, les intentions sont bonnes. Pour mobiliser les capitaux privés pour la sécurité alimentaire, par exemple, la Nouvelle Alliance « soutiendra la préparation et le financement des projets pour l’infrastructure agricole viables, via des initiatives multilatérales, parmi lesquelles le développement d’une nouvelle structure pour accélérer la création d’infrastructures agricoles. » Il y a aussi des programmes prévoyant d’impliquer le secteur privé (multinationales), la société civile (par opposition aux éléments non civils) et bien sûr les femmes, les enfants, les minorités…

Pendant que la déclaration était prononcée à Chicago, où les marchés à terme ont eu la délicatesse de chuter de nouveau après avoir atteint des niveaux record juste avant l’arrivée des hôtes, l’un de mes clients en Afrique de l’Ouest appelait sa banque.

Une réalité différente ici, bien éloignée des nobles ambitions des dirigeants internationaux.

Ce client a besoin d’un prêt de 300 000 $ pour installer une ligne de transformation de soja. Son activité principale est l’aviculture et la pisciculture, mais à cause des approvisionnements irréguliers et des problèmes de qualité, il doit actuellement importer du tourteau de soja – cet ingrédient indispensable pour les protéines – depuis l’Amérique du Sud via la Belgique. Dans des conteneurs. Une fois que chaque négociant en céréales et chaque transporteur a pris sa part, les poulets de mon client mangent de la poussière d’or.

Mais avec une petite installation de transformation, il peut acheter des graines de soja des agriculteurs locaux et les transformer lui-même. Tout le monde y gagne. L’agriculteur local récupère un marché régulier pour son soja, les poulets et les poissons bénéficient d’un tourteau de qualité transformé sans produits chimiques, les coûts pour l’alimentation diminuent, les bénéfices augmentent.

La banque avait même accepté le prêt pour mon client, et tous les papiers étaient signés. Mais par la suite les avocats de la banque au siège social ont vu le dossier et ont dit qu’il leur fallait un certificat de propriété, un titre de propriété prouvant que mon ami avait effectivement acheté ses 110 hectares de l’État. Le problème, c’est que le bureau responsable de la délivrance de ce document est… disons que ces personnes rencontrent des difficultés pour fournir ce document et qu’ils ont besoin d’un petit encouragement. C’est un jeu auquel mon client refuse de jouer. Si vous commencez à donner de l’argent, cela finit par se savoir et vous êtes définitivement considéré comme une cible facile.

Comprenez-moi bien, j’approuve les dirigeants du G8 et leurs équipes quant à la création de la Nouvelle Alliance. Mais cela résoudra-t-il les problèmes sur le terrain, en Afrique… ?

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